Buffet de la gare du Quartier Léopold, années 1990. Elle y venait régulièrement à la pause de midi. Attablée près des fenêtres, vue sur la place du Luxembourg, elle rêvait. De mondes parallèles à ce monde du travail dans lequel elle tentait trouver des repères qui lui échappaient. Elle y entrait par l’intérieur de la gare. Traversée de la salle des pas perdus pour y accéder ou en repartir. Elle ne se rappelle pas l’entrée, ni même l’intérieur. Souvenir de quelque chose de vieillot. Elle ne se rendait pas compte à l’époque qu’il ferait les frais des travaux de réaménagement et de modernisation de la gare et de la construction du Parlement européen*. Non. Elle venait là pour trouver un peu de calme pendant sa pause de midi. Sans doute rêvait-elle aussi du mythique Orient-Express même s’il n’est jamais passé par là. Elle avait repéré Orient-express de Graham Greene dans la bibliothèque d’un hôtel où ils allaient en vacances, s’était promis de le lire mais ne l’avait jamais fait. Elle repense aux moments où avec ses parents, ils allaient accueillir sa marraine, la sœur de sa mère, à sa descente de train lorsqu’elle venait passer quelques jours chez eux, mais elle se souvient surtout qu’elle pleurait les jours où celle-ci repartait. Et puis un jour, le buffet de la gare a fermé avant d’être définitivement rayé de la carte. Étrange sensation de se trouver en face d’un lieu qui a disparu, se dire qu’on y était, imaginer l’endroit où on était assis, comme le bâtiment dans lequel elle a travaillé près de dix ans et qui aujourd’hui est en totale réfection, squelette dénudé, nouvelle façade qui se dessine déjà, se voir longer des couloirs qui n’existent plus, passer l’entrée, emprunter les ascenseurs. La ville balaie ses strates d’un revers de main, en accumule d’autres, les fait évoluer en parallèle tout en les faisant se croiser.
Ancienne gare du Quartier Léopold (aujourd’hui gare de Bruxelles-Luxembourg) et buffet de la gare (Brasserie Léopold jusqu’en 1981) Source : ReflexCity – Photo : Frans Ringoot (période 1965-1979)Emplacement de l’ancien Buffet de la gare, avec entrée de la nouvelle gare un peu plus loinVue que l’on pouvait avoir depuis le Buffet de la gare, vélos et trottinettes en moinsExemple de façadisme, seule la façade de l’ancienne gare a été maintenue. Elle abrite un centre de documentation du Parlement européenL’entrée du centre de documentation « Station Europe »
L’exact bleu du ciel dans l’enseigne du métro, les nuages, le même blanc grisé dans la lettre M, M comme métro, comme miroir, mère, myriade, métal ou encore mouton et dans les vitres ce même bleu, ce même gris mais aussi la couleur de la peau, les courbes d’un corps, des yeux et peut-être que je m’y perds
Panne d’électricité dans un couloir du métro, des silhouettes fantomatiques, dont je suis, qui vont et viennent, la lumière au bout du tunnel
Guetter son apparition à la fenêtre, derrière les rideaux blancs et le feuillage d’automne, la musique des mots, les mots murmurés, dans un souffle
Ainsi concevait-on les prisons à la fin du XIXe siècle : robustesse, austérité, dissuasion, l’image d’un château fort médiéval qui en impose dans le paysage urbain. Rendez-vous samedi dernier devant l’entrée principale de la prison de Saint-Gilles pour une visite des quartiers alentour
L’église Saint-Augustin, une des rares églises de style moderniste à Bruxelles, on s’apprête à gravir les quelques 200 marches en béton réduites dans le haut de la tour à un étroit et interminable colimaçon, prendre de la hauteur toujours pour saisir la ville, offerte, sans apprêt et sans fard, authentique
Arcs de cercle, diagonales, droites, triangles encadrés par les douze apôtres, la Vierge taguée, un abri de fortune occupé ou abandonné, on ne sait, cadavres de bouteilles, paquets de cigarettes vides, écrasés, restes de snacks, impossible de comprendre ce que disent les tags
Petit salon improvisé sur le trottoir, on se débouche une canette ? Non, merci, je suis déjà en retard, ce soir peut-être ?
Le troisième dimanche de septembre, c’est la traditionnelle journée sans voiture à Bruxelles, mais pas sans tram, bus, taxis qui roulent sur le site propre, ni sans voitures de police, ambulances ou et autres véhicules avec dérogation, pas si souvent qu’en ville on peut se mettre en plein milieu de la chaussée, rien derrière moi, le tram arrive en face j’ai le temps
Ce dôme, parfait prolongement de l’arbre, le vert-de-gris, la patine du bronze, les étoiles dorées, on ne sait trop quelle était la couleur d’origine, on voudrait se laisser emporter dans cet enlacement
Et ce vitrail à Saint-Augustin comme un écho… bleu ciel, vert-bleu, jaune orangé, violet, vert-de-gris, rose, jaune vert, un chatoiement art-déco
Cette fois-là j’ai essayé de prendre des notes quand nous nous sommes parlé au téléphone. Je ne comprenais rien de ce qu’elle me disait. Son débit de paroles ressemblait à un torrent en crue. Son récit n’avait ni queue ni tête. Elle m’a parlé des sapins au fond de son jardin alors qu’elle n’a qu’un jardin de ville avec un petit lilas pour seul arbre, elle m’a décrit le pays des sapins pointus qu’elle avait visité récemment. Je n’ai jamais entendu parler d’un tel pays. Elle m’a raconté aussi qu’une poétesse en robe blanche venait la visiter la nuit. Je lui ai demandé qui était cette poétesse mais elle est restée très évasive. Ses phrases étaient hachées, ponctuées de halètements, comme si ses pensées allaient plus vite que sa parole pourtant déjà très rapide, comme si elle avait peur de ne pas pouvoir exprimer tout ce qui lui passait par la tête avant que la conversation ne s’arrête. J’aurais pu vérifier sur le Net qui était cette poétesse mais j’ai préféré que cet échange demeure nimbé de son aura de mystère. Elle me parle au travers de ses poèmes, m’a-t-elle dit. Cette phrase m’a permis de mieux comprendre la nature de ces visites nocturnes. Tu lis ses poèmes au milieu de la nuit ? lui ai-je alors demandé. Non, non, m’a-t-elle répondu, elle me les dit elle-même. À ce point de la conversation, mes notes mentionnent un long silence. Tu sembles inquiète, a-t-elle poursuivi, mais il ne faut pas, rassure-toi, je vais très bien. Ce n’était qu’un rêve, j’en suis certaine à présent, a-t-elle conclu avant de raccrocher.
Un soir d’été en rentrant d’une visite à une amie, il fait chaud encore. Le ciel est d’un bleu royal intense, pénétrant. Il fait nuit et je me plais à regarder les vitres éclairées, envie banale d’imaginer ce qui se passe derrière ces fenêtres closes. Surgit soudain le livre de Fitzgerald, Tendre est la nuit. Je ne l’ai pas lu, juste cette titre si célèbre qui s’attarde par une nuit si douce, mais… Est-elle tendre la nuit lorsqu’elle nous offre ses perles de lumière ? Est-elle tendre la nuit dans les villes qui dorment ? Est-elle tendre la nuit lorsque ses méandres se vident ? Est-elle tendre la nuit lorsqu’elle nous éjecte de son train en marche ? Est-elle tendre la nuit lorsqu’elle nous refuse son nectar ? Est-elle tendre la nuit ?
Quand je pense à cette ville, je revois ses maisons aux façades couvertes de tôle colorée en remplacement du bois interdit depuis le grand incendie de 1915.
Je me vois seule ou avec F, nous sommes attablés en terrasse au Café de Paris, ciel bleu, 25 degrés, c’était un jour d’août. Je suis seule dans les restaurants le soir et ne me sens pas une extra-terrestre.
Je m’enfonce dans les rues au-delà du lac, un musée d’art, la maison de la première présidente du pays, les habitants je ne les rencontre pas, tout au plus quelques mots échangés avec les serveurs des restaurants ou le personnel aux caisses dans les magasins, je ne cherche pas à nouer des liens.
Je revois mon premier contact avec ce pays tant rêvé, passé l’émotion de l’atterrissage, et le trajet en bus vers la ville.
Dans la ville je vois les couleurs, ces magasins de laine rêche, rugueuse, qui griffe la peau, l’anthracite de la pierre de lave, le vert lumineux de la mousse, le rose profond des lupins au printemps.
Je grimpe les rues pour prendre de la hauteur, je monte dans la tour de l’église, il y a des maisons blanches aussi, des toits colorés, vouloir embrasser la ville, sa lumière, ce départ vers l’ailleurs, vouloir tout embrasser et savoir que c’est impossible.
Nous dînons dans un bar à tapas qui propose un florilège de la cuisine locale, juste de quoi titiller les papilles et plonger au-delà des apparences.
Le bras de mer qui sépare la ville de la montagne, le longer vers les faubourgs, le vent, flâner, s’y arrêter, revenir vers la ville, toujours.
Le bâtiment de verre, déjà le verre, comme un kaléidoscope, diffractant le ciel du Nord, le sublimant, le distillant jusque dans mes veines.
Quand je pense à cette ville, je revois la station de bus, tellement improbable cette rencontre d’un professeur de F, si petit le monde, si amusantes les coïncidences, nous prenons la route pour une traversée des terres hautes vers plus de Nord encore.
Remonter le cours de la rivière comme on remonterait le cours du temps, retrouver les lieux de promenade de l’enfance. C’était jeudi dernier.
Petite incursion dans la rue où je venais jouer chez une amie, perdue de vue depuis longtemps, je m’attarde devant sa maison, il n’y a plus aucun nom sur la boîte aux lettres, j’avais oublié qu’elle avait emménagé juste à côté puisqu’elle avait épousé son voisin. Je rejoins le parcours de la rivière et le moulin à eau.
Le lion, sculpture massive réalisée pour l’Expo 581 . J’ignorais cela, peut-être mes parents le savaient-ils, ils ne me l’ont pas dit. Le centre commercial où j’allais souvent avec ma mère et puis le parc Malou et son château à deux pas d’où j’ai grandi, château qui faisait office de salle des mariages de la commune.
La ville n’est jamais loin. Les boulevards et les avenues longent la rivière. Les parcs se succèdent en enfilade et ne sont que les reliquats de ce qu’était la vallée avant son industrialisation et son urbanisation.
Bruxelles est construite sur une zone marécageuse2 et sa partie est-sud-est est constellée de parcs et d’étangs, artificiels pour la plupart d’entre eux. Creusés à des fins de drainage du terrain pour des raisons esthétiques ou d’exploitation, souvent alimentés par des sources locales, ils m’apparaissent plus époustouflants les uns que les autres. Je traverse une rue perpendiculaire au boulevard et j’entre dans le parc suivant. Et à chaque pas, je m’émerveille un peu plus de cette végétation luxuriante.
J’y reviendrai c’est certain, explorer en détail tout ce qui n’a pas manqué de m’échapper, regarder la beauté des saisons, la montrer surtout car il importe tellement de ne pas prendre pour acquis ce que la nature nous offre.
Quand j’ai besoin de me ressourcer, je pars m’immerger dans la réserve semi-naturelle du Kauwberg, plus proche de chez moi et devenue mon lieu de prédilection depuis plusieurs années. Alors oui, elle, je la connais en toutes saisons. Chaque fois de nouveaux jeux de lumière surgissent, les arbres m’enveloppent, je suis dans une petite forêt entrecoupée de prairies. C’est les vacances, c’était lundi, j’y ai croisé très peu de personnes, un calme absolu.
Parfois, je prolonge la promenade dans le parc qui jouxte la réserve, les arbres sont très hauts ici, je les touche autant que je peux. Il y a des bancs, je m’assois quelques instants sur l’un d’eux dans le prolongement d’un petit étang, artificiel lui aussi, et c’est à ce moment précis que mon amie Françoise m’envoie le lien d’une émission d’entretien avec deux passionnés des arbres qui œuvrent à leur protection et pour un autre développement des forêts. Ils soulignent que les arbres qui ont été plantés, forcément dans des lieux qu’ils n’ont pas choisis, dans les villes notamment, ont d’autant plus besoin d’attention. Non, décidément le hasard n’existe pas.
Le nom « Bruxelles » est issu d’une forme latinisée, « bruocsella » du germanique ancien « brok » (marais) et « sali », devenu en ancien néerlandais « broek » et « sele » (cabane, refuge, habitation) (source : Adolphe Van Loey, L’étymologie de Bruxelles, in Bulletins de l’Académie royale de Belgique, 1979) ↩︎
Samedi dernier, le 1er août, j’organisais pour l’association Carrefour européen 1 une déambulation littéraire autour de mon livre Dedans la ville publié aux Éditions Novelas.
Dans ce livre, il est beaucoup question de Bruxelles puisque c’est ma ville mais c’est avant tout la ville en tant que telle qui est mise en avant et s’y décline dans ses aspects les plus divers, réels comme imaginaires.
Quelques extraits illustrent les images réalisées par ma fille, Elisabeth Bossut.
Un petit groupe d’enthousiastes et de curieux s’est réuni place Poelaert2 au pied de la grande roue à l’ombre du Palais de Justice et de quelques arbres, point de départ d’une exploration différente de la ville.
C’est à ce voyage qu’invite la ville, celui auquel tu ne peux échapper quand tu habites la ville, celui que te dicte la ville jour après jour, celui que tu as entamé dès ta naissance si tu es né dans la ville, tu avances, tu progresses, sans relâche tu cherchesce que te dit la ville de toi
Je n’ai presque aucun souvenir de la rue aux Laines, pourtant je sais que j’y suis allée avec mes parents en visite chez une grand-tante, […] . Je n’ai presque aucun souvenir de l’appartement où elle habitait, rue aux Laines, je crois la voir à l’intérieur, souvenir vague d’une bonbonnière dont elle m’avait offert un bonbon.
Pas besoin d’aller loin pour partir en pèlerinage, un pèlerinage sur des lieux qui pour la plupart n’existent plus tels qu’ils étaient autrefois,[…] On peut choisir ce lieu comme point de départ, se dire que c’est par ici que Charlotte et Emily Brontë, accompagnées de leur père le Révérend Patrick Brontë, arrivent à Bruxelles le 15 février 1842 […] . Aujourd’hui se trouver en haut du double escalier, se dire que, mise à part la Chapelle Royale3, plus rien de tout cela n’existe.
Parce qu’elle est sans cesse en mouvement, que sans cesse on se questionne sur elle. Parce qu’on veut la modeler, la façonner au gré des humeurs et des tendances, financières ou non.[…] Ainsi va la ville. Parce que sans cesse elle se renouvelle, sans cesse on pose de nouvelles strates, on enlève ici on ajoute là et les grues, parties intégrantes du processus, nous rassurent quant à la vivacité de l’urbain qui nous abrite.
Panneau d’interdiction de marcher ou patiner sur la glace qui émerge du feuillage de printemps au bord d’une pièce d’eau panneau désuet parce que sa forme octogonale semble surgir du passé parce que le dessin du patineur te fait penser immanquablement à Tintin.
C’est la grisaille qui prend le dessus, celle des souvenirs qu’elle associe certes à la météo qui pouvait être défavorable mais aussi à des moments peu amusants, attente aux arrêts de bus, longue marche dans des rues inconnues aux maisons couvertes de crépi grisâtre, beige sale, sable ou de briques de revêtement rouge foncé, sale aussi, probablement, perspective d’une attente interminable car on arrivait toujours des heures en avance aux consultations, du moins d’un point de vue d’enfant, puis passage chez le médecin, rester tranquille, se taire, rien qui pouvait contribuer à égayer l’escapade.
Photo Catherine Koeckx
Elle débouche dans la station par une porte dérobée et elle se sait perdue. Elle connaît cette station, elle voit son nom, mais elle ne la reconnaît pas. Perdue, étrange sensation dans un lieu qu’elle fréquente pourtant régulièrement […] . Elle se demande si les gens voient qu’elle est perdue, voient qu’elle regarde autour d’elle les yeux hagards, mais ils sont eux-mêmes perdus les gens, dans leur téléphone, sinon comme elle dans leurs pensées, leurs rêves
L’après-midi s’est allègrement terminée en soirée par un verre au Grand Central à converser de voyages, de chats – eh oui, les femmes qui vivent seules avec des chats (seraient-elles dangereuses?) – et d’une adorable tortue septuagénaire et d’une humaine qui lui est dévouée depuis plus de trente ans.
Photo Catherine Koeckx
Un soir, le même été, il y a eu le Grand Central, passer quelques heures, seule, dans ce bar, s’imprégner de l’atmosphère afterwork et noter dans le carnet tout ce qu’on voit, décrire le lieu, décrire les gens, la terrasse et l’intérieur sont blindés de monde, se sentir au plus près de la ville, de ce qui la fait bouger, se sentir au cœur du mouvement et quelques instants plus tard être au dehors, s’en éloigner.
Groupement de loisirs des Institutions européennes ↩︎
Joseph Poelaert est l’architecte qui a construit le Palais de Justice de Bruxelles “oe” se prononce “ou” et « ae » se prononce « a » ; le « t » final se prononce, il n’est pas muet = « Poulart’ » ↩︎
Lieu de culte protestant depuis 1804 appartenant à l’Église protestante unie de Belgique ↩︎
Derrière ces portes j’imagine l’océan, comme une invitation au voyage et l’Islande qui depuis quelque temps déjà m’appelle à nouveau, dix ans bientôt que nous ne nous sommes pas vues
Mais en attendant, la ville encore et toujours dans un miroir, une illusion ?
Non plus seulement le bleu mais le vert aussi et les arbres en point d’orgue (Paris)
La glycine et le verre, tendre association dont seule la ville a le secret
Objectif 2030, le bicentenaire de la Belgique : les échafaudages du Palais de Justice, incrustés dans la pierre depuis plus de quarante ans, rejoignent peu à peu la mémoire du temps laissant une façade nue, éblouie, offerte à la lumière et au vent
Il fallait y penser : donner pour axe à la grande roue, qui désormais jouxte le Palais de Justice, l’obélisque érigée aux disparus de l’infanterie belge durant les deux guerres, un axe parfait ?
Le cœur de la ville et les siècles qui se fondent… n’en revenir jamais
À travers les fleurs Je vois le même monde Mais il me sourit
Au long de l’été Elle, qui nous accompagne La dame de Nohant
Au détour du chemin bordé de hêtres, l’antre, le refuge, le port d’attache
A priori, aucun point commun entre ces deux femmes. Si ce n’est qu’en 2026 on commémorait les 150 ans de la mort de la première (8 juin 1876) et le centenaire de la naissance de la seconde (1er juin 1926). Et que durant ce bref séjour à Paris, j’ai visité au cours de la même journée le Musée de la vie romantique dont une salle est dédiée à la célèbre romancière et l’expo Marilyn organisée par la Cinémathèque de France.
Le musée est aménagé dans l’ancienne maison-atelier du peintre romantique allemand Ari Scheffer (1795-1858), rue Chaptal, et rassemble une grande partie de ses œuvres. Chopin et George, lorsqu’ils étaient à Paris, avaient un pied à terre à deux pas de là, rue Jean-Baptiste-Pigalle, ils étaient des habitués du salon que tenait le peintre. Quelques tableaux et objets ayant appartenu à cette dernière y sont exposés. Je déjeune ensuite d’une petite salade et d’un crumble abricots-cerises dans le jardin ombragé. C’est calme, juste ce qu’il me faut.
Sur mon chemin vers la Cinémathèque. je m’attarde dans le jardin médiéval du musée de Cluny. Deux dames d’un certain âge prennent place à côté de moi sur le banc où je suis assise. Elles devisent de choses et d’autres, je ne saurais dire de quoi précisément, mais c’est apaisant. Le rat vient s’abreuver dans la mare au milieu des fleurs et plantes qui n’en peuvent plus de chaleur.
L’expo Marilyn est un bijou : extraits de films et d’interviews, superbes tirages photos noir et blanc et couleur, robes issues de collections privées, vêtements et objets destinés à cantonner les femmes et actrices dans leurs rôles de l’époque. Et c’est ici que je ferais un parallèle entre George et Marilyn. Chacune à sa manière a œuvré pour la cause féminine. George par ses écrits, sa verve, sa liberté de ton, son mode de vie, ses tenues vestimentaires et Marilyn, par l’indépendance qu’elle a prise vis-à-vis des maisons de production en créant la sienne propre et en n’ayant de cesse de démontrer au long de sa carrière qu’elle pouvait jouer des rôles bien plus significatifs que ceux auxquels le sexisme a voulu la réduire.
Jour 2 –– Georges Perec et Balzac
Rendez-vous dans le 16e arrondissement pour la Bulle d’aiR « Perec à Passy », organisée par Anne Savelli et Joachim Séné du collectif L’aiRNu, autour de la rue de l’Assomption où Georges Perec a vécu (N°18). Le N° 18 de la rue de l’Assomption est un bâtiment Art Nouveau de 1925 de Charles Lemaresquier avec dans le haut de sa façade un bas-relief qui représenterait un Bacchus vomissant mais il semble ne pas y avoir d’explication définitive à son sujet.
Des extraits de Rue des Batailles d’Antonin Crenn, Paris de Georges Perec – la ville mode d’emploi, de Denis Cosnard, En lisant en écrivant de Julien Gracq, Lieux, bien sûr de Georges Perec lui-même nous sont lus tour à tour par Anne et Joachim. Nous pénétrons même dans la cour intérieure du Lycée Molière, rue du Ranelagh, où a enseigné Simone de Beauvoir. Enfin nous terminons la balade par un arrêt dans le local de l’aiRNu. Dans le jardin, Anne nous lit un extrait de Renata n’importe quoi de Catherine Guérard.
Impossible de quitter le quartier sans visiter la maison de Balzac, repérée lors de la promenade du matin, et me glisser parmi les nombreuses sculptures à son effigie, admirer sa fameuse cafetière ou la table sans prétention où il a écrit la majeure partie de la Comédie humaine, ou encore les illustrations de son œuvre par Georges Villa et pour moi, cerise sur le gâteau, les matrices typographiques réalisées par Charles Huard de l’ensemble des personnages de la Comédie humaine. Avant de retourner à la cohue du métro parisien, je déguste une délicieuse part de clafoutis aux cerises dans la quiétude du jardin tout en me remémorant ma visite au château de Saché il y a près de quarante ans. Il faudra que j’y retourne un jour.
Je continue d’apprendre la patience : après restauration des pages, les cahiers de mon Utrillo sont enfin cousus, la moitié du travail est accompli
Je flâne dans les rues de mon ancien quartier de travail avant de retrouver S. mon ancienne collègue devenue une amie dès nos premiers jours de travail ensemble
Habitée des reflets du bleu dans la ville, une sorte de prisme au travers duquel je pose sans cesse le regard, je m’invente une ville rêvée, peut-être
La ville, une géométrie éphémère et sans cesse renouvelée. S’y perdre
La canicule semble nous apporter un goût d’automne prématuré mais le calendrier celtique ne nous rappelle-t-il pas que l’automne commence le 1er août ?
Même si ce serait bucolique, cette ancienne gare n’est pas en plein champ mais aux confins de la ville et seul demeure en fonction un arrêt de train avec distributeur automatique de billets sur le quai
Dentelles de feuillage, béton, ombre et verre réunies dans l’étroitesse d’une image
La rue pour moi durant quelques secondes, en profiter avant qu’elle ne soit à nouveau dévorée par l’ogre dénommé Trafic
Je ne me souviens pas d’avoir pris cette photo mais que ne fait-on pas dans un instant d’égarement
La tête d’une chèvre, d’un mouton, d’un humain en souffrance… Et vous, qu’est-ce que vous y voyez ?
En dehors de Bruxelles pour quelques centaines de mètres, je ne suis cependant pas dans le pré, c’est juste une impression
Il est huit heures, je rentre dans Bruxelles, jamais je n’ai vu ce rond-point sans voitures, je crois me réveiller dans un autre monde, réminiscence de temps anciens
Un immeuble qui s’évade vers le ciel, se confond avec lui, ce jeu sans fin des reflets
Toujours la nature dans la ville et imaginer qu’un jour peut-être elle recouvrira tout
Rose trémière Discrète en ce doux matin Tu m’accompagnes ?
Croiser des pigeons en train de se régaler et décider que celui qui s’approche sera le personnage principal de cette photo, que lui aussi, même s’il n’est qu’un pigeon parmi d’autres, aura son moment privilégié
Branche d’érable du Japon sur fond de maisons bourgeoises tout auréolé d’un fin duvet nuageux, ses feuilles rouges orangées, rousses, au parfum d’automne
Playmobil, rappel du temps de l’enfance, mes enfants me disent : « surtout ne pas jeter les Playmobil ! », alors ils restent là au grenier à attendre une hypothétique nouvelle vie
Avant d’emprunter le pont qui surplombe le chemin de fer, je m’arrête quelques instants devant l’arbre aux papillons, ce buddleia que certains appellent aussi l’arbre aux oiseaux et je pense à celui qui se trouve près de chez moi, en permanence rempli de moineaux
Retrouver les allées d’un petit parc où je n’avais plus mis les pieds depuis très exactement dix ans, j’en avais oublié la configuration, j’en avais presque oublié l’existence, comme oblitérée, et le revoilà sans doute parce que je voulais retrouver cette ruelle du temps où Uccle n’était qu’un village de campagne éloigné de Bruxelles