Saisir la lumière

Toujours essayer de voir quelque chose de différent, être à l’affût, passer sur l’escalier roulant, ce reflet dans le marbre au parfait endroit. Saisir la lumière. Nos regards se sont croisés, elle s’est offerte à moi. Rendre compte de la lumière dans la ville. Qu’elle soit naturelle ou artificielle, discrète ou déferlante, qu’elle auréole le Palais de Justice, qu’elle illumine la flaque, elle est partout présente.

Grisaille et pluie quand je quitte mon domicile. Je suis dans le tram direction le centre-ville. Je suis assise sur un siège dans la direction opposée à la marche. Comme dit Anne Savelli dans Fenêtres Open Space, les sièges qui tirent ou les sièges qui poussent ? Une fenêtre au 3e étage d’une maison ancienne, une lampe plafonnier projette une lumière froide mais n’éclaire en rien l’intérieur au regard extérieur. Le pièce reste plongée dans un halo sombre et fantomatique. Fenêtres comme soulignées par des balcons en fonte ou en fer forgé, motifs floraux ou plus géométriques, tous différents, un enchantement de dentelle qui s’offre à ma vue songeuse.

Je lis Anne Savelli, Fenêtres Open Space et quoi de plus normal que l’envie de s’en inspirer quand on écrit dans, sur et à propos de la ville? Juste ici ou là quelques lignes sur dix minutes avant que le tram s’enfonce dans la partie souterraine de son intinéraire. Mais je n’ai pas de carnet. Je me fixe des images dans la tête ou parfois je prends des photos.

Lumière

Un bar à vin sympa, vous entrez il n’y a personne, il est encore tôt, 18h un jeudi soir, tu ne connais pas ce bar, vous êtes seules ta fille et toi, elle t’a proposé deux bars, le Jane’s et chez Franz, tu choisis le Jane’s, pourquoi ? Jane t’inspire-t-elle plus que Franz ? Le Jane’s un bar anglais peut-être, Jane… quelle Jane t’inspire ? Quel Franz ne t’inspire pas ? Aucune idée, tu te laisses guider par ton intuition, il n’y a personne encore, un homme au bar qui semble connaître la serveuse, ou est-ce la patronne, est-ce elle, Jane ? peut-être une autre fois tu lui poseras la question, peut-être Jane n’existe-t-elle pas réellement et est-elle juste une évocation, rien de particulièrement british dans ce bar, design et vintage, un peu bobo.

Photo Elisabeth B.

Petit à petit il se remplit, que cherchent-ils les gens, se demandent-ils aussi qui est Jane ou peut-être la connaissent-ils, se disent-ils aussi comme elle qu’ils sont entourés de gens dans un bar, comme avant, que l’insouciance et la légèreté sont revenues, que ça rassure dans la ville d’avoir des gens autour de soi, même si on ne les connaît pas, ça rassure de se dire qu’on partage des préoccupations, de se dire qu’eux aussi sans doute ils ont envie de penser à autre chose, que la peur ne sert à rien, cette lumière tamisée comme un peu hors du temps, être dans l’instant présent et pourtant hors du temps, vous êtes bien, vous parlez, tout coule de source,

¨Photo Elisabeth B.

de cette source qui s’en revient chaque année de sa force vive abreuver et remettre la nature en mouvement, cette nature partout présente dans ta ville et cette lumière qui filtre et scintille entre les feuilles naissantes, le soleil a l’ingéniosité de venir illuminer chacune d’elle, fait écho à la lumière du bar comme une pulsation, comme un va-et-vient, de ces deux lumières tu te nourris, tu crois parfois devoir faire un choix.