Créatures du fleuve par Françoise Renaud

En entamant la lecture de Créatures du fleuve de Françoise Renaud, je me suis demandé qui celles-ci pouvaient être, j’ai pensé aux animaux, les petits mammifères et les oiseaux qui peuplent et survolent les roselières, les tourbières, ces terres parfois noires et ombreuses, ces berges gorgées d’eau.

Mais il y a les humains aussi. Surtout.

Je m’appelle Hilarion, j’suis rien qu’une ombre. Hilarion, ce garçon du fleuve qui à la fois lui appartient et le porte en lui. Écorché par la vie, par la disparition prématurée du père, par la dureté de ces lieux âpres, il tente de se construire auprès du fleuve, peut-être avec Milie récemment rencontrée. Mais des hommes bizarres rôdent, une fille disparaît. Et Aoustin, comme un père de substitution, surgit sur sa barque pour quelques moments de bonheur. Vers midi, l’air brassait la lumière et la diluait au flanc des îles. La parole était inutile, le silence du monde occupait toute la place et leurs âmes s’en trouvaient apaisées.

Au long des pages, je m’interroge sur le pouvoir de la nature à guérir les blessures de l’âme. Et pourtant, à voir les choses autrement, on se dit que son pouvoir n’est pas nécessairement celui que l’on attend.

Et cette nature, c’est le fleuve, comme moëlle épinière du récit dont le rythme en suit la rumeur, le bruissement, les flots déchaînés. La terre et l’eau, ces éléments sans lesquels on ne peut vivre. Le fleuve, me dit Françoise, « qui conduit à ce vaste delta de lumière, cette ouverture sur l’immense océan qui avale tout des corps et des histoires dans mon pays de naissance ».

Par cette prose poétique qu’on lui connaît pour nous dire la nature, plus resserrée et pudique pour dire les sentiments et les émotions, par cette langue qui pour elle, et j’ajouterais pour nous, compte par-dessus tout, Françoise nous emmène dans les méandres du fleuve et au profond des tourments de celles et ceux qui y vivent.

À lire si vous ne l’avez pas encore fait !

Photos © Catherine Koeckx (à l’exception de première de couverture ci-dessus)

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Catherine Koeckx

Citadine depuis toujours, avec Itinéraires pluriels, je partage mon exploration photographique et littéraire de la ville (voir aussi Instagram: @itineraires_pluriels). Il y a la nature aussi, l’aquarelle, les médias mixtes (@catherine_koeckx_art). En 2021, j'ai publié Le Guide lovecraftien de Providence (disponible sur Amazon ou commande privée à catherine.koeckx@gmail.com). En 2023, j'ai publié Dedans la Ville aux Editions Novelas.

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