Ce jour où j’ai décidé de porter une robe blanche dénuée de toute entrave, pour respirer la vie à pleins poumons, l’écrire en toute liberté, je n’ai eu d’autre choix que de demander de l’aide. Cette robe que je voulais blanche, j’allais la coudre moi-même. Il y avait néanmoins un petit grain de sable dans ce beau projet : je ne savais pas coudre. Je n’ai pas l’habitude de demander de l’aide, car je ne veux courir le risque de l’emprise. Mais il a bien fallu que je m’y résolve. J’ai fait appel à notre couturière, celle qui réalisait toutes les robes et tous les costumes de la famille. Cette femme qui était une confidente et une amie même si la société et les convenances ne le permettaient pas. Cette femme qui me connaissait depuis l’enfance, cette femme qui me connaissait mieux que ma mère. Pourtant débordée de travail, elle ne m’a pas refusé son aide.

Souvent je pensais à elle, je la voyais tout à son ouvrage, je voyais les vêtements qui prenaient forme entre ses mains. Elle avait du fil d’or dans les doigts, elle transformait en robes de soirée les tissus les plus sombres et les plus ternes, effectuait des réparations miracles de dernière minute. Je lui ai expliqué que j’avais besoin de son éclairage pour la conception du modèle. Nous nous sommes assises ensemble, nous avons parlé, longuement. Elle a écouté avec grande attention mes idées en termes d’aisance de mouvements, de commodité, de facilité de lavage, saisissant dans la seconde même comment les traduire par son trait limpide et précis. Symboliquement, il m’était indispensable de confectionner la robe moi-même, ce qui, par la même occasion, lui allègerait la besogne. Il suffirait qu’elle me montre comment faire. J’apprenais vite.
Ses yeux se sont illuminés, un sourire bienveillant et compréhensif s’est dessiné sur son visage. Un instant déconcertée, elle a rapidement compris cet élan vital. Elle a vu ce feu au fond des yeux, un feu qui ne souffrait aucun compromis. Alors moi, la magicienne comme ils m’appelaient, le soir même j’ai trouvé dans mes restes de tissus, le coton blanc qui la ravirait et dès le lendemain nous nous sommes mises au travail. Avant même de commencer, j’ai su que je passerais plus de temps à lui prodiguer explications et conseils que si je cousais la robe moi-même et Dieu sait qu’ils furent nécessaires, car elle n’était guère douée pour les travaux d’aiguille. Mais j’ai aimé cette aventure si lumineuse, si profonde, j’ai aimé contribuer, certes modestement, à cet essentiel qui se profilait dans sa vie.


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture de François Bon, intitulé « Cycle été 2026 – Chroniques »
ton récit nous propose quelque chose de sensible et d’onirique, sans doute à cause de la robe blanche ou du blanc de la robe, ce blanc dont on imagine qu’il honorera une fête, une circonstance toute particulière (par exemple la venue du printemps, la manifestation d’une pureté originelle, un événement comme un baptême, voire un mariage, le sien, qui sait ?)
tu te souviens combien je suis sensible au blanc (la robe dans L’enfant de ma mère dont tu tu as gardé trace probablement ou les écumes du peintre Colette Richarme)
et on est saisi par l’attention que se porte ces deux femmes dans la réalisation de ce vêtement « qui pourrait la ravir »
il y a là de quoi écrire une nouvelle, un texte qui nous en dirait plus… on a tellement envie de savoir…
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Merci infiniment pour ton magnifique écho ! C’est ça qui est beau au fond dans l’écriture de fiction, c’est ce qu’elle suscite dans l’imaginaire du lecteur, comme tu me l’as déjà évoqué. Et bien sûr que je me souviens de ta sensibilité à la couleur blanche… Quant à prolonger ce texte, je ne sais pas si j’ai envie d’en dire plus, ou alors en dire plus sans qu’on sache vraiment…
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Un très beau départ, lumineux. Dommage que le temps se brouille, on devine que l’orage est passé.
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Merci beaucoup, René, pour votre lecture et, oui, pourquoi pas un orage… après, la lumière revient toujours
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