Lumière et couleur dans la ville. Rendre compte de ce que par leur caractère éphémère elles dessinent, façonnent la représentation que l’on a de la ville, dont on ne sait si elle est réelle ou imaginaire. Et si tout est question de reflet, les arbres qui se réverbèrent dans les vitres de quel côté se trouvent-ils réellement ? Les arabesques de leurs branches nues en hiver accentuent l’effet de miroitement, la plongée dans l’inconnu de l’autre côté, la ville qui se prolonge et se décuple au gré de nos regards.




Une à deux fois par an, j’ai rendez-vous un samedi matin dans le centre-ville avec les sœurs Brontë pour écouter des universitaires, essayistes ou simples passionnés présenter différents aspects de leur œuvre ou de leur vie, notamment en lien avec leurs années passées à Bruxelles et chaque fois me revient la question du point de départ de ma passion pour les sœurs Brontë, quel livre en est à l’origine, quel film peut-être ? Et jamais je ne parviens à y répondre, il y a comme un flou, comme si c’était là depuis toujours comme si j’étais née avec. J’aimais fouiner dans les vieux livres de mon père et parmi eux un vieil exemplaire jauni et racorni de Jane Eyre. J’ai dû en voir l’adaptation cinématographique à la télé comme celle des Hauts-de-Hurlevent, ce nom me fascinait. Mais pas de livre lu en cachette sous les couvertures jusqu’à 2 heures du matin ou d’exemplaire emporté partout avec moi, rien de tout cela. Premier voyage en Angleterre, Expérience inoubliable que la visite de Haworth, se plonger dans cette atmosphère, la lande qui enveloppe le village de son aura brumeuse, la pierre grise partout, les maisons, les tombes recroquevillées autour de l’église, l’antre de ces trois sœurs dont aujourd’hui encore on peine à expliquer ce qui a pu mener à un tel génie.


Le sapin qu’on a jeté comme un malpropre sur le trottoir, on n’en veut plus il encombre il perd ses aiguilles il se dessèche et puis les fêtes sont terminées depuis longtemps, on est passés à autre chose. Je ne peux m’empêcher d’avoir un pincement au cœur pour lui qu’il y a quelques semaines on avait paré de ses plus beaux atours, lui dont on a célébré la gloire, dont on a couvert le pied de cadeaux, qu’on a voulu au centre de nos photos-souvenirs.

La semaine dernière, retour, à la demande de ma fille, sur des recherches généalogiques entreprises il y a près de quarante ans et jamais continuées depuis après avoir buté sur les registres baptismaux rédigés d’une écriture illisible et qui plus est en latin que je ne connais pas. Valse de patronymes et de toponymes ressemblants, proches géographiquement, grande toile abstraite de noms sans visage dont seuls ces quelques lettres, quelques chiffres attestent du passage furtif sur la Terre et pourtant tout s’imbrique parfaitement, un seul grain de sable dans la mécanique et le paysage se transforme.