La femme au béret fuchsia

Jour 3 – Dans le métro, plongée dans ma lecture, je lève la tête, je vois le béret fuchsia et je ne vois que lui, tout le reste n’est que brouillard autour, les gens, les stations où le métro s’arrête, tout. La femme au béret fuchsia est assise en face de moi. Une femme d’un certain âge, les yeux rivés à son téléphone, le doigt animé de ce mouvement caractéristique du bas vers le haut qui fait défiler les posts très probablement sur Instagram. Elle, toute vêtue de bleu foncé, de noir, foulard à motifs gris clair et blancs, un sac bleu nuit avec sur le devant un grand papillon bleu et blanc aux ailes ornées de brillants et sur le dessous des motifs têtes de mort imprimés en creux. Même les montures de ses lunettes sont bleu foncé. J’ai tenté de la photographier discrètement quand à ce moment précis mon téléphone s’est éteint, pour me rappeler sans doute que photographier les gens d’aussi près, à leur insu, est inapproprié. Elle a rangé son téléphone, a fermé les yeux un bref instant, pour s’en ressaisir aussi vite et se remettre à faire défiler les posts, imperturbablement, sans imaginer que le souvenir de son béret fuchsia serait emporté dans les méandres du web.

Echos

Jour 2 – Echo, déjà, à l’image d’hier, deux images qui se répondent, deux couleurs qui se font écho, d’une image à l’autre, de l’une à l’autre, d’une journée à l’autre et serait-ce anticiper de dire que d’échos il sera sans doute beaucoup question dans cette série d’images et d’occurrences ? Oui, mais si la couleur d’aujourd’hui – et son écho – n’était pas celle que l’on croit, et si une autre s’était invitée, qui arrête le regard, comme un point d’orgue, pour l’emmener au loin, vers sa fuite ?

Défi

Jour 1 – Doucement revenir, doucement sortir les mots de leur hibernation, doucement revoir la couleur dans la grisaille de la ville en ce printemps humide, froid et gris. Pourquoi pas se lancer un défi quotidien, chaque jour pendant trente jours repérer une couleur qui émerge du gris et en rendre compte, une couleur qui se distinguera des autres, du moins pour toi, pour ton œil qui l’épinglera sur la trame de fond à laquelle souvent on ne prête pas attention. Cinq ou six lignes pas plus, en mode carnet, un défi pour arrêter de procrastiner, pour refaire des gammes. Voir où ce rendez-vous quotidien va te mener, quelle exploration il va générer, les questions qu’il va poser, quels chemins intérieurs il te fera emprunter. Tu ne sais pas, tu pars à l’aveuglette. Aujourd’hui, jour 1, tu as vu ce bleu des jacinthes, intense, profond, mauve, mêlé de rouge qui se découpe sur le ciel morose et, comme en écho, celui des arabesques bleues sur fond gris du pot qui les contient. La ville est au loin tu la devines, quelques bâtiments en surplomb, leurs silhouettes sont floues, les bruits étouffés, Les jacinthes bleues n’ont que faire de la ville…